« Gouverner, c’est orienter l’humanité et le vivant : un cap, non une domination. »

Valérie urbanie - univers cap gouvernance

Quel mode de gouvernance impulsez-vous vraiment ? Pensez vous que vos émotions ont décidé par défaut pour vous ?

Valérie Urbanie

3/3/202615 min read

Quel mode de gouvernance impulsez-vous vraiment ?

Pensez vous que vos émotions ont décidé par défaut pour vous ?

Autoritaire, paternaliste, holacratique, libérée, participative… On croit choisir son mode de gouvernance par conviction. La plupart du temps, on le reproduit par conditionnement émotionnel. Voici la carte — sans jugement, mais sans complaisance.

Le point de départ : une question inconfortable

Quand avez-vous décidé de votre mode de gouvernance ?

Si vous avez réfléchi quelques secondes avant de répondre, c'est déjà un signe. La vérité, observée sur vingt ans d'accompagnement d'organisations de toutes tailles, est simple et dérangeante : la plupart des dirigeants n'ont jamais décidé leur mode de gouvernance. Ils l'ont hérité, subi, reproduit — ou adopté par réaction à ce qu'ils avaient subi.

L'autoritarisme n'est presque jamais une philosophie managériale assumée. C'est une réponse à la peur de perdre le contrôle. Le paternalisme n'est pas de la bienveillance — c'est souvent du contrôle déguisé en soin. Et la gouvernance libérée, mal mise en œuvre, peut devenir une façon élégante d'éviter la responsabilité de décider.

Carl Jung l'avait formulé autrement : ce que nous ne rendons pas conscient se manifeste dans notre vie comme destin. En gouvernance, cela donne : ce que vous n'avez pas choisi consciemment, vous le faites subir à votre organisation.

Cet article n'est pas un palmarès. Il n'y a pas de bon ou de mauvais mode de gouvernance dans l'absolu. Il y a des modes adaptés ou inadaptés à un contexte, à un stade de développement, à des enjeux réels — et des modes choisis ou subis par celui qui les incarne.

Ce que les neurosciences disent d'abord

Avant de cartographier les modes de gouvernance, il faut comprendre le mécanisme qui les produit.

Nos cerveaux disposent de trois systèmes en interaction permanente — ce que le neurologue Paul MacLean a modélisé comme le cerveau triunique :

Le cerveau reptilien — le plus ancien. Il gère la survie, le territoire, la hiérarchie, la réaction face au danger. Quand il prend les commandes, la gouvernance devient instinctive, défensive, territoriale. C'est le siège de l'autoritarisme de survie.

Le cerveau limbique — le système émotionnel. Il gère l'appartenance, le lien, la peur du rejet, la loyauté, la honte. Quand il domine, la gouvernance devient affective, relationnelle, parfois fusionnelle. C'est le siège du paternalisme et de la gouvernance familiale dans leurs formes extrêmes.

Le néocortex — le cerveau rationnel et créatif. Il analyse, anticipe, délibère, conçoit des systèmes. Quand il est suffisamment actif — et suffisamment libéré des deux premiers — il permet une gouvernance consciente, adaptative, choisie.

La question n'est donc pas "quel mode de gouvernance est le meilleur ?"

La question est : "depuis quel cerveau gouvernez-vous en ce moment ?"

Et cette question, le stress, la crise, la pression des résultats ou la peur du jugement y répondent à votre place — si vous ne l'avez pas posée avant.

La carte des modes de gouvernance et leur substrat émotionnel

Une approche par l'exemple : plus démonstrative qu'exhaustive.

Ce panorama ne prétend pas recenser tous les modes de gouvernance existants. Il en choisit quelques-uns — les plus démonstratifs — pour révéler une dynamique plus large : celle qui lie l'état intérieur d'un dirigeant à la structure qu'il fait vivre autour de lui. Si votre organisation ne se reconnaît pas exactement dans l'un de ces exemples, c'est probablement qu'elle en combine plusieurs. L'exemple n'est pas la limite. Il est le point de départ.

1 — La gouvernance autoritaire

Ce qu'elle est : Le pouvoir est concentré dans une seule main. Les décisions descendent sans discussion. La conformité prime sur la contribution. La contestation est perçue comme une menace.

L'émotion qui la produit : La peur — peur de perdre le contrôle, peur de la trahison, peur de l'incompétence des autres. Parfois la honte non traitée d'un passé de vulnérabilité que le pouvoir vient compenser.

L'archétype jungien dominant : Le Souverain dans son ombre — le Tyran. Non pas par nature mauvaise, mais parce que personne n'a challengé la zone d'ombre au bon moment.

Ce qu'elle produit : Efficacité immédiate en situation de crise réelle. Destruction progressive du capital humain, de la créativité et de la loyauté sur la durée. Les meilleurs partent en premier.

La question à se poser : Ma centralisation du pouvoir protège-t-elle vraiment l'organisation — ou me protège-t-elle, moi, d'une insécurité que je n'ai pas encore nommée ?

2 — La gouvernance paternaliste

Ce qu'elle est : Le dirigeant se positionne comme figure parentale bienveillante. Il décide pour les autres "dans leur intérêt". Il protège, guide, arbitre — et attend en retour loyauté et gratitude. L'autonomie est accordée, jamais vraiment garantie.

L'émotion qui la produit : Le besoin de contrôle enrobé dans le soin. Parfois une blessure d'abandon ou de trahison passée qui génère un besoin de rester indispensable. La peur que sans lui, tout s'effondre.

L'archétype jungien dominant : L'Altruiste dans son ombre — le Martyr Contrôlant. Il donne beaucoup. Il reprend tout si on cesse de lui être reconnaissant.

Ce qu'elle produit : Une cohésion de surface, une dépendance organisationnelle réelle, une immaturité collective entretenue. Les équipes ne grandissent pas — elles s'adaptent au besoin du dirigeant d'être nécessaire.

La question à se poser : Est-ce que je développe l'autonomie de mes équipes — ou est-ce que je la limite pour rester au centre ?

3 — La gouvernance bureaucratique

Ce qu'elle est : Les processus, règles et procédures priment sur les personnes et les situations. La conformité au cadre est la valeur suprême. L'initiative est découragée. La règle protège de la responsabilité.

L'émotion qui la produit : L'anxiété face à l'incertitude. La peur de l'erreur et de ses conséquences. Souvent une culture organisationnelle du blâme qui a appris à tout le monde que la règle est le seul abri sûr.

L'archétype jungien dominant : Le Sage dans son ombre — le Juge Dogmatique. Il a raison techniquement. L'organisation meurt pendant qu'il audite.

Ce qu'elle produit : Stabilité de façade, rigidité réelle, incapacité à s'adapter. Elle survit bien dans des environnements stables — et s'effondre ou se pétrifie face au changement.

La question à se poser : Mes processus servent-ils l'organisation — ou servent-ils à protéger ceux qui les appliquent de la responsabilité de décider ?

4 — La gouvernance centralisée

Ce qu'elle est : Les décisions stratégiques et souvent opérationnelles remontent systématiquement au sommet. Le centre décide, la périphérie exécute. Proche de l'autoritaire mais souvent sans la dimension émotionnelle de domination — c'est davantage une architecture qu'une posture.

L'émotion qui la produit : Le besoin de cohérence et de maîtrise. Parfois légitime dans des phases de lancement ou de crise. Devient pathologique quand elle se maintient par habitude ou par incapacité à faire confiance.

L'archétype jungien dominant : Le Souverain dans sa version fonctionnelle — jusqu'à ce que le centre devienne un goulot d'étranglement.

Ce qu'elle produit : Alignement stratégique fort, agilité opérationnelle faible. Les organisations centralisées sont rapides à décider, lentes à exécuter.

La question à se poser : Est-ce que je centralise parce que c'est nécessaire à ce stade — ou parce que je n'ai pas encore construit la confiance qui permettrait de distribuer ?

5 — La gouvernance managériale

Ce qu'elle est : Le pouvoir réel appartient aux managers intermédiaires. La direction fixe le cap, les managers le traduisent, le filtrent, parfois le dévient. C'est la gouvernance la plus répandue dans les grandes organisations — et l'une des plus opaques.

L'émotion qui la produit : Souvent un compromis entre le besoin de contrôle du haut et le besoin d'autonomie du bas. Le management intermédiaire absorbe les tensions des deux niveaux — et développe ses propres logiques de protection.

L'archétype jungien dominant : Variable selon les managers. Le risque systémique est la pensée de groupe — le Citoyen collectif qui évite les conflits au point de ne plus transmettre les signaux faibles vers le haut.

Ce qu'elle produit : Stabilité et transmission dans les phases de croisière. Distorsion de l'information et lenteur en période de transformation. Le management intermédiaire peut devenir l'anticorps le plus puissant du changement.

La question à se poser : Mes managers transmettent-ils la réalité du terrain — ou me transmettent-ils ce qu'ils pensent que je veux entendre ?

6 — La gouvernance actionnariale

Ce qu'elle est : La création de valeur pour l'actionnaire est l'objectif premier et l'étalon de toute décision. Modèle dominant dans les entreprises cotées anglo-saxonnes. Théorisé par Milton Friedman (1970) : la seule responsabilité sociale de l'entreprise est d'augmenter ses profits.

L'émotion qui la produit : La pression externe du marché, souvent relayée par une culture interne de la performance à court terme. La peur du cours de Bourse, du trimestre raté, du fonds activiste. Une forme d'anxiété chronique institutionnalisée.

L'archétype jungien dominant : Le Héros sous pression permanente — qui finit par sacrifier l'organisation à sa victoire immédiate.

Ce qu'elle produit : Efficience financière à court terme. Érosion du capital humain, de l'innovation de rupture et de la résilience à long terme. La crise de 2008 en est l'expression systémique la plus documentée.

La question à se poser : Mes décisions servent-elles la pérennité de l'organisation — ou servent-elles le prochain trimestre ?

7 — La gouvernance partenariale

Ce qu'elle est : Les décisions intègrent les intérêts de l'ensemble des parties prenantes — actionnaires, salariés, clients, fournisseurs, territoire, environnement. Modèle rhénan, théorisé notamment par R. Edward Freeman et sa théorie des stakeholders (1984).

L'émotion qui la produit : Une vision élargie de la responsabilité. Souvent née d'une prise de conscience — personnelle ou collective — que le modèle exclusivement actionnarial produit des externalités négatives insoutenables.

L'archétype jungien dominant : Le Citoyen et l'Altruiste en équilibre — quand ils ne tombent pas dans le consensus paralysant.

Ce qu'elle produit : Résilience accrue, légitimité sociale renforcée, tension permanente entre des intérêts parfois contradictoires. Exige une gouvernance mature et des processus de décision robustes.

La question à se poser : Mes parties prenantes ont-elles une vraie voix dans mes décisions — ou sont-elles consultées pour valider ce que j'ai déjà décidé ?

8 — La gouvernance familiale

Ce qu'elle est : La famille fondatrice conserve le contrôle stratégique, souvent à travers des structures capitalistiques spécifiques. La transmission intergénérationnelle est un enjeu central. La culture de l'organisation est indissociable de la culture familiale.

L'émotion qui la produit : L'attachement identitaire profond — l'entreprise est une extension de la famille, pas seulement un actif. La peur de perdre ce qui a été construit par les générations précédentes. Parfois, la loyauté au fondateur comme valeur suprême qui écrase l'innovation.

L'archétype jungien dominant : L'Innocent et le Souverain en tension — préserver l'héritage tout en affrontant la réalité du marché.

Ce qu'elle produit : Cohérence culturelle forte, vision de long terme réelle, mais risque de confusion entre l'intérêt familial et l'intérêt de l'organisation, et résistance au changement quand il menace l'identité fondatrice.

La question à se poser : Est-ce que je protège l'entreprise — ou est-ce que je protège l'image que ma famille a de l'entreprise ?

9 — La gouvernance participative

Ce qu'elle est : Les décisions sont prises collectivement, avec une participation réelle des membres de l'organisation. Le pouvoir est distribué, la délibération est valorisée, le consensus est recherché.

L'émotion qui la produit : Le besoin d'appartenance et de reconnaissance. La conviction que l'intelligence collective est supérieure à l'intelligence individuelle — ce qui est souvent vrai, rarement suffisant seul.

L'archétype jungien dominant : Le Citoyen — dans sa force quand il structure le dialogue, dans son ombre quand il évite la décision difficile au nom du consensus.

Ce qu'elle produit : Engagement fort, décisions mieux acceptées, lenteur inhérente. Fonctionne bien dans des environnements stables avec des équipes matures. Peut devenir paralysante en situation de crise ou de transformation rapide.

La question à se poser : Ma gouvernance participative produit-elle des décisions — ou produit-elle de la participation sans décision ?

10 — La gouvernance libérée

Ce qu'elle est : Popularisée par Isaac Getz (Liberté & Cie, 2012), elle repose sur la confiance radicale dans les collaborateurs. Les structures hiérarchiques sont minimisées, l'initiative individuelle est maximisée. Le rôle du dirigeant est de créer les conditions de l'autonomie, pas de diriger.

L'émotion qui la produit : Une conviction profonde dans le potentiel humain — ou, dans ses formes moins conscientes, un inconfort avec le pouvoir et l'autorité qui se déguise en philosophie managériale.

L'archétype jungien dominant : L'Explorateur et le Magicien — dans leur force quand la confiance est réelle, dans leur ombre quand la "libération" évite la responsabilité de décider.

Ce qu'elle produit : Innovation, engagement, responsabilisation — dans les équipes qui en sont prêtes. Désorientation, anxiété et jeux de pouvoir informels dans les équipes qui n'ont pas les ressources pour fonctionner sans cadre.

La question à se poser : Est-ce que je libère mes équipes parce qu'elles sont prêtes — ou parce que je suis mal à l'aise avec ma propre autorité ?

11 — La gouvernance holacratique

Ce qu'elle est : Système formalisé par Brian Robertson (Holacracy, 2015). L'organisation est structurée en cercles autonomes, chacun avec des rôles définis. Il n'y a pas de hiérarchie de personnes, mais une hiérarchie de rôles. Les décisions sont décentralisées selon des règles précises.

L'émotion qui la produit : La conviction que la complexité organisationnelle appelle des structures plus organiques. Mais aussi, parfois, une réaction à des expériences de gouvernance autoritaire ou bureaucratique traumatisantes.

L'archétype jungien dominant : Le Créateur et le Sage — dans leur force quand le système est compris et incarné, dans leur ombre quand la complexité des règles remplace la bureaucratie hiérarchique par une bureaucratie horizontale.

Ce qu'elle produit : Agilité et responsabilisation réelles dans des organisations où les membres ont la maturité et la formation pour l'habiter. Confusion, conflits de rôles et désengagement dans les organisations où elle est imposée sans préparation.

Ce qu'en dit Laloux : Dans Reinventing Organizations (2014), Frédéric Laloux place ce stade évolutif — qu'il nomme Opale — dans les organisations les plus avancées, caractérisées par la plénitude, l'auto-organisation et une raison d'être évolutive. Mais il précise lui-même que vouloir sauter des étapes est l'une des erreurs les plus fréquentes et les plus coûteuses.

La question à se poser : Mon équipe est-elle prête pour l'holacratie — ou est-ce que j'adopte un système sophistiqué pour éviter d'affronter une question plus simple sur mon rapport au pouvoir ?

12 — La gouvernance anglo-saxonne

Ce qu'elle est : Modèle centré sur la primauté de l'actionnaire, la séparation nette entre propriété et gestion, la transparence financière, la mobilité du capital et la gouvernance par les incitations. Dominant aux États-Unis et au Royaume-Uni.

L'émotion qui la produit : La confiance dans le marché comme mécanisme d'allocation optimal. Une culture de la performance individuelle mesurable et récompensée.

Ce qu'elle produit : Efficience de marché, mobilité du capital, innovation financière — et comme ombre systémique, financiarisation excessive, vision court-termiste et érosion du lien social interne.

La question à se poser : Est-ce que ma gouvernance crée de la valeur durable — ou optimise-t-elle un indicateur au détriment de tous les autres ?

13 — La gouvernance européenne continentale

Ce qu'elle est : Modèle intégrant davantage les parties prenantes — représentation des salariés, régulation publique plus présente, vision plus long-termiste, attachement à la cohésion sociale. Dominant en Allemagne, en Scandinavie et dans une partie de l'Europe du Sud.

L'émotion qui la produit : Un rapport différent à la collectivité, à la solidarité et à la durée. Une méfiance historique envers les excès du marché non régulé — nourrie par des mémoires collectives spécifiques.

Ce qu'elle produit : Résilience sociale plus forte, adaptabilité de marché plus lente, et une tension permanente entre le modèle de performance et le modèle de cohésion — tension qui est elle-même une gouvernance à gérer.

La question à se poser : Ma gouvernance construit-elle quelque chose qui dure — ou quelque chose qui performe ?

Le modèle de Laloux : les stades évolutifs comme carte des états émotionnels collectifs

Frédéric Laloux, dans Reinventing Organizations, propose une lecture évolutive des organisations à travers des couleurs. Ce qui est remarquable — et peu souvent souligné — c'est que chaque stade correspond précisément à un état émotionnel collectif dominant.

Rouge — Impulsif : La loi du plus fort. Le chef impose par la peur et la force. Gouvernance de survie pure. Émotion dominante : la peur et la rage. Archétype : le Souverain-Tyran.

Ambre — Conformiste : L'ordre, la hiérarchie formelle, les rôles fixes, les processus stables. La conformité protège. Émotion dominante : l'anxiété face au chaos, le besoin de prévisibilité. Archétype : le Sage-Bureaucrate.

Orange — Compétitif : La performance, l'innovation, le mérite, la concurrence. L'organisation est une machine à optimiser. Émotion dominante : l'ambition et la peur de l'échec. Archétype : le Héros.

Vert — Pluraliste : La culture, les valeurs, la participation, le consensus. L'humain prime. Émotion dominante : le besoin d'appartenance et la culpabilité face à l'inégalité. Archétype : le Citoyen et l'Altruiste.

Opale — Évolutif : La plénitude, l'auto-organisation, la raison d'être évolutive. L'organisation est un organisme vivant. Émotion dominante : la confiance et l'acceptation de l'incertitude. Archétype : le Sage et le Magicien en équilibre.

Ce que Laloux dit et que l'on n'entend pas assez : Une organisation ne peut pas être gouvernée depuis un stade évolutif supérieur à celui que ses membres peuvent habiter. Un dirigeant Opale à la tête d'une équipe Ambre ne produit pas de l'Opale — il produit de la confusion, du désengagement et souvent

Ce que SPS observe depuis 20 ans : la gouvernance par défaut

Durant vingt ans d'accompagnement, nous avons constaté qu'un pattern revient avec une régularité troublante : la majorité des organisations n'ont pas choisi leur mode de gouvernance. Elles l'ont hérité — du fondateur, du secteur, de la culture nationale, d'une crise passée, de certaines délégations, d'écart entre l'âme du fondateur et l'image donnée.

Et quand une organisation hérite d'un mode de gouvernance sans l'avoir choisi, elle hérite aussi de ses angles morts, de ses zones d'ombre et des émotions non traitées qui l'ont produit.

La gouvernance par défaut a trois signatures reconnaissables :

Elle se répète. Les mêmes tensions, les mêmes conflits, les mêmes blocages reviennent à intervalle régulier — avec des acteurs différents mais un scénario identique. Ce n'est pas un problème de personnes. C'est un problème de système.

Elle se justifie. "C'est comme ça ici depuis toujours." "Notre secteur exige ce niveau de contrôle." "Nos équipes ne sont pas prêtes pour plus d'autonomie." Ces phrases sont les gardiens du mode de gouvernance inconscient.

Elle s'aggrave sous stress. La crise révèle le mode de gouvernance réel — pas celui qui est décrit dans les valeurs affichées. Sous pression, chaque organisation revient à son niveau d'organisation le plus bas, celui que ses membres peuvent habiter sans effort conscient.

La position de l'Univers Cap Gouvernance : l'adaptatif comme choix conscient

Il n'existe pas de mode de gouvernance universellement supérieur. Il existe des modes adaptés ou inadaptés à un contexte, à un stade de développement, à des enjeux réels.

Ce que vingt ans de terrain enseignent, c'est ceci : la gouvernance la plus puissante est celle qui est choisie consciemment, ajustée régulièrement et incarnée avec cohérence — pas celle qui est théoriquement la plus avancée.

L'approche SPS pose une boussole simple en trois temps :

Quel est le contexte réel ? Stade de développement, niveau de maturité des équipes, nature des enjeux, culture existante.

Quel est mon état émotionnel dominant ? Pas celui que j'aimerais avoir — celui que j'ai vraiment en ce moment, sous cette pression, avec ces personnes.

Est-ce que je choisis — ou est-ce que je réagis ? La différence entre ces deux états est l'espace où la gouvernance consciente devient possible.

Les trois questions à vous poser maintenant

Sans jugement. Avec curiosité.

Question 1 — L'héritage : D'où vient votre mode de gouvernance actuel ? L'avez-vous choisi — ou l'avez-vous reproduit de ce que vous avez vécu, subi ou observé ?

Question 2 — L'émotion : Quelle émotion votre mode de gouvernance sert-il en priorité ? La sécurité ? Le besoin de reconnaissance ? La peur de la trahison ? La conviction dans l'humain ? Être honnête ici change tout.

Question 3 — L'adaptation : Votre mode de gouvernance est-il adapté à où vous en êtes aujourd'hui — ou est-il adapté à une réalité passée que vous continuez de gérer par habitude ?

À retenir

Les modes de gouvernance ne sont pas des philosophies managériales neutres. Ils sont des réponses — conscientes ou non — à des états émotionnels individuels et collectifs. Jung l'avait vu dans les individus. Laloux l'a cartographié dans les organisations. Vingt ans de terrain confirment ce que les deux avaient pressenti : on ne gouverne jamais depuis un mode — on gouverne depuis un état intérieur qui cherche un mode pour s'exprimer.

La bonne nouvelle : un état intérieur peut être reconnu, nommé, travaillé. Et une gouvernance héritée peut devenir une gouvernance choisie — à condition d'avoir le courage de poser la question.

« Il semblerait que le mode de gouvernance que vous n'avez pas choisi, vous le faites subir à votre organisation.

Celui que vous choisissez consciemment, vous pouvez l'ajuster, l'améliorer, le transmettre. »

Approfondir : Gouvernance et archétypes de Jung — Gouvernance des risques et nudging — L'intention comme fondement de la décision — Reinventing Organizations, Frédéric Laloux

Références : Frédéric Laloux, Reinventing Organizations (2014) — Carl G. Jung, œuvres complètes — Isaac Getz & Brian M. Carney, Liberté & Cie (2012) — Brian Robertson, Holacracy (2015) — R. Edward Freeman, Strategic Management: A Stakeholder Approach (1984) — Paul MacLean, The Triune Brain in Evolution (1990)